Processus électoral - Calendrier : les mensonges de l'abbé Malu Malu

Le Phare (Kinshasa)

2 Février 2006
Publié sur le web le 3 Février 2006 malumalu_4

Kandolo M.
Kinshasa

La Commission électorale indépendante (Cei) a du pain sur la planche. Cette institution dirigée par l'Abbé Apollinaire Muholongu Malumalu doit désormais des explications et non pas seulement des tours de passe-passe au peuple congolais. Pourquoi? Tout simplement pour n'avoir pas respecté son dernier calendrier électoral en date déposé au Parlement début novembre 2005. C'est le respect strict et méticuleux de ce calendrier qui a, selon la déclaration du Président de la Cei, empêché celle-ci de faire droit à la revendication de l'Udps de rouvrir des bureaux d'enregistrement pour ses militants ainsi que d'autres Congolais qui ne s'étaient pas fait enrôler. Pour lui, la Cei était confrontée à des contingences de calendrier, lequel doit être respecté à la lettre pour que les élections aient lieu aux dates indiquées.

En réservant cette réponse négative à la requête de l'Udps, la Cei et plus particulièrement son Président l'Abbé Malumalu ne croyaient pas si bien dire! Aujourd'hui, ils sont eux-mêmes pris à leur propre piège. Et pour cause. Le calendrier dont ils rabâchaient les oreilles de la population comme argument-massue pour ne pas donner une suite favorable à cette revendication légitime a sauté de lui-même. Sans que l'on sache pourquoi ni qui va en endosser la responsabilité par rapport à la date-butoir du 30 juin 2006.

A ce jour le calendrier de la Cei n'existe plus. Ce n'est plus qu'un triste chiffon qui a implosé comme d'autres avant lui, confectionnés avec la même passion et la même volonté de n'être que la voix de son maître. A titre d'illustration, à la date de ce jeudi 02 février 2006, ce calendrier prévoyait le début du dépôt des candidatures jusqu'au 07 février. Tandis que la campagne électorale démarrait concomitamment le 15 février pour la présidentielle et les législatives. Là ce sont les échéances du mois de février qui devraient logiquement déboucher sur le premier tour de la présidentielle au 09 avril 2006.

On peut évidemment et sans aucun effort se demander à juste titre si ceux qui ont élaboré avec un cruel angélisme un tel calendrier avaient vraiment les deux pieds sur terre en ne tenant compte d'aucun des nombreux aléas politiques qui jonchent le parcours des élections. Ni d'autres paramètres objectifs de terrain qui caractérisent le processus électoral. Ainsi par exemple l'enrôlement se poursuit sans coup férir jusqu'à ce jour là où la Cei n'avait prévu que quelques jours. Ceci est d'ailleurs une preuve irréfutable que la Cei prend les Congolais pour des gamins à qui on peut raconter des sornettes tout au long de la transition.

La réalité de ce calendrier, le millième que cette institution a élaboré depuis le début de son aventure est que ce jeudi 02 février 2006, date de l'ouverture des candidatures, rien n'est fait. Plus grave encore est le fait que le projet de Constitution adopté le 18 décembre par le référendum populaire est toujours bloqué à la Cour suprême de justice où les hauts magistrats ont tous donné leur langue aux chats. Quant à la loi électorale, très essentielle pour le reste du processus, elle en est encore au niveau des tiraillements et des déchirements dans les deux chambres du Parlement congolais de transition.

Ce n'est pas tout au cortège des écueils législatifs qui ont fait voler en éclats le dernier calendrier de la Cei. Il y a aussi le projet de loi budgétaire qui traîne encore sur la table de la chambre basse où les sénateurs y ont décelé des tricheries qui allaient conduire à des arnaques sur des fonds du trésor public émargeant à l'époque au budget par ordre. Ce projet de budget 2006, s'il avait été voté par le Sénat dans la forme qui lui a été transmis par l'Assemblée nationale, aurait vu l'Etat congolais délesté de beaucoup de recettes en millions de dollars pour l'exercice 2006. Heureusement que les sénateurs ont été plus patriotes que les députés qui ont avalé des choses incroyables dans la loi de finance envoyée au Sénat.

Tout cecimontre que toute la matière législative dont a besoin la Cei pour la suite des opérations n'est pas encore disponible le jour même retenu pour le début des dépôts de candidatures. Ce qui est un cinglant démenti à cette institution qui voulait faire croire que tout était au point et que de ce fait si on osait rouvrir un seul bureau pour satisfaire la demande de l'Udps, les élections se tiendraient au-delà du 30 juin 2006 par la faute du parti d'Etienne Tshisekedi


En cherchant à éviter des problèmes politiques posés - qui ne sont pas insolubles - par une précipitation que ne peut justifier qu'un relent d'exclusionisme, la Cei et ceux qui la soutiennent sur cette dangereuse pente vont inéluctablement conduire le pays à une nouvelle guerre civile. Est-ce cela leur secret espoir? Nul ne le sait. Toujours est-il que ce qui se passe actuellement dans le Nord-Kivu est bien une preuve que dans un processus aussi fragile que celui de la Rdc, tout peut basculer à tout moment du mauvais côté. Raison pour laquelle il est impérieux d'embarquer tout le monde dans le train étant donné qu'aucun Congolais ne voudrait d'une nouvelle guerre après avoir perdu 4 millions de morts dans les deux premières.

Pour revenir au Nord-Kivu, il nous revient que tous les déserteurs de la 8ème Région militaire avec en tête la 83ème Brigade ex-Rcd ont créé une unité d'élite dénommée«Brigade d'intervention populaire» uniquement constituée de soldats d'expression rwandophone avec des revendications politiques bien précises. Ceux-ci ont choisi comme base la cité de Kitchanga, fief de Laurent Nkunda,à 80 Km de Goma et à un jet de pierre du Rwanda. Quel est le message à décrypter à travers cette action militaire téméraire menée tambour battant à la veille de la date du dépôt des candidatures? A chaque Congolais d'y réfléchir.