Le fait qu'il a dénoncé le processus électoral dans notre pays la RDC Mr Paul NSAPU,ses amis e toute sa famille vivent le cauchemar d'une nouvelle dictature mise en place par la mafia internationale. Ci-après vous allez découvrir la vision d'un expert en élection qui a parcouru tous les continents avec la fondation Carter comme observateur des élections libres,démocratiques et transparentes.

PAUL NSAPU au micro de SAMY MUSAMPA UDPS.NET

1)Quel est le mobile réel de votre séjour en Europe ?

Paul Nsapu : Trois mobiles essentiels :
1°) Apporter à la société civile occidentale des témoignages sur les difficultés pour les militants des droits de l’ Homme et les opposants politiques de travailler à la normalisation de la situation politique au Congo sans qu’ ils soient menacés, arrêtés et tués par les tenants du pouvoir et, cela, sous une certaine indifférence et complaisance d’un bon nombre des représentants des pays occidentaux. Car au Congo-Kinshasa, la lutte pour le respect des droits de l’ homme et la justice, reléguée au second rang et sacrifiée à l’autel de la lutte des repositionnements géo-stratègiques et économiques, ne préoccupe plus la plupart d’ acteurs internationaux;

2°) Sensibiliser l’ opinion internationale sur l’ échec de la transition et, partant, sur celui des élections réellement libres, transparentes et promotrices de la paix auxquelles aspire le Peuple congolais et pour lesquelles l’ argent du contribuable occidental a été engagé et même détourné en grande partie dans les circuits de financement avec la complicité des dirigeants politiques congolais ;

3°) Dénoncer les plans machiavéliques montés pour neutraliser les défenseurs des Droits de l’ Homme et d’ autres acteurs sociaux qui, comprenant les enjeux, refusent de donner leur caution à la parodie d’ élections en préparation au Congo-Kinshasa et de se taire sur les crimes et les violations des droits de l’ Homme qui continuent à être commis sur l’ ensemble du territoire national.

2) Quel jugement portez-vous sur le processus électoral en RDC d’ une manière générale ?

Paul NSAPU
: Un processus électoral biaisé dès sa genèse lors des accords de Sun-City et tout au long de sa mise en place durant les trente-quatre mois d’ une transition maximale de trois ans. En effet, c’ était une très grosse erreur et même une traîtrise d’ avoir accepté l’ institutionnalisation d’ un pouvoir organisateur des élections (CEI) qui, d’ un côté, est politisé dans sa composition et son fonctionnement par les composantes et entités politiques du dialogue inter congolais et qui, de l’ autre côté, est totalement conditionné sur le plan financier et logistique par les puissances étrangères. Un processus électoral extraverti et manipulé pour faciliter la victoire électorale de certains candidats pré-choisis dans les cercles de la mafia politico-financière internationale ; Un processus électoral qui s’il est démonté par le génie du peuple congolais, servira à un coup d’ Etat institutionnel en recourant de façon partisane à la fameuse constitution de décembre 2006 et la nomination forcée d’ un premier ministre. Un processus électoral aux conséquences négatives sur le plan de la souveraineté du pays et de la nationalité congolaise. C’ est ainsi que s’ expliquent les nombreuses faiblesses de la Commission Electorale : l’ amateurisme en lieu et place du professionnalisme; l’ opportunisme et l’ affairisme dans la gestion du processus électoral; la dépendance des membres du bureau de la CEI aux dictées des bailleurs de fonds et de celles de composantes au pouvoir; l’ initiation des textes organisationnels des élections taillés sur mesure; les détournements des fonds destinés opérations pré-électorales; la corruption ; le clientélisme et le tribalisme ; le manque de dignité et de personnalité des responsables de la CEI …

3) Pourquoi ne figurez-vous pas dans le Bureau de la CEI alors que vous avez une grande expérience en matière électorale ?

P.N
: Les raisons sont multiples. Ceux qui pilotent le processus depuis les accords de paix qui ont passés, préfèrent animer le processus électoral avec des acteurs malléables à souhait et non avec des personnes, comme moi, attachées à la défense des valeurs de démocratie et des droits de l’ homme. Aussi pour l’ information de l’ opinion, les membres de la société civile qui n’ étaient pas à Sun-City, n’ avaient pas été associés au partage des postes dévolus à leur composante ; ce partage s’ était fait en cerclé fermé et politisé entre les seuls délégués qui se prévalaient du mandat délibératif de la composante Forces Vives ou société civile au Dialogue. C’ est ainsi qu’entre eux, ces délégués, sous les intrigues du PPRD Modeste Bahati Lukwebo, se distribuèrent les postes dans une sorte de pandémonium des conspirateurs : La CEI à l’ Abbé Malu Malu pour le compte de la province du Nord Kivu ; la Commission Vérité et Réconciliation au Pasteur Jean -Luc Kuye pour le Sud-Kivu ; l’ Observatoire National des Droits de l’ Homme (ONDH) à Me Mpinga Tshibasu pour le Kasaï-oriental ; la Commission d ‘ Ethique et de lutte contre la Corruption à M. Badu wa Badu pour le Bas-Congo ; la Haute Autorité des Médias à M. Modeste Mutinga pour le compte de Kinshasa ; le Ministère des droits de l’ Homme à Mme Madeleine Kalala pour le compte de Kinshasa ; le poste de Vice-Minitre au Commerce à Yves Mobando( remplacé par Mme Gertrude Ekombe) pour l’ Equateur ; le poste de vice-ministre de l’ Agriculture à M. Samuel Tshiyoyo pour le Kasaï-occidental ; le poste de vice-ministre/Anciens combattants à Delma Mbo pour le Bandundu ; le poste de ministre de la Fonction Publique à Gustave Tabezi ( remplacé par Athanase Matenda) pour le Maniema et la présidence du sénat à Mgr Marini Bodo pour la Province Orientale. Les autres délégués de la société civile ont été versés au parlement et dans les entreprises de l’ Etat. C’ était donc exclu pour moi de faire partie du Bureau de la CEI qui contrairement aux usages modernes et principes démocratique a été imposé par le CIAT et la MONUC comme organe de décision de la CEI en lieu et place de la plénière de cette institution. Des sollicitations pour faire partie de la plénière de la CEI m’ ont été faites que j’ ai repoussées pour les raisons que j’ ai évoquées dans les réponses à votre deuxième question et, surtout, pour refuser de travailler avec des personnes corrompues ayant perdues toute leur dignité et qui restent corruptibles à chaque tournant décisif du processus politique de notre pays.

4) a) Quels sont vos plans d’ action face à la surveillance du bon déroulement des élections ?

P.N
: Les plans d’ action pour une surveillance efficace du déroulement des élections par les congolais eux-même existent ; car le pays, à travers nos organisations, dispose d’ une indubitable expertise dans ce domaine, fruit de seize années de travail et d’ évaluation de différents processus électoraux à travers le Monde. Mais à quoi bon de dévoiler ces plans en ce moment que ces élections sont en passe de servir de détonateur d’une série de nouvelles crises? A quoi bon mettre la puce à l’ oreille des animateurs congolais des réseaux et structures d’ observation et de surveillance des élections qui, après avoir aliéné leur indépendance et leur dignité, ne sont là qu’ à attendre la rétribution de leur traîtrise auprès des affairistes et chômeurs de tous bords descendus dans les arènes de l’ Elderado congolais pour leurs business ? C’ est en connaissance des hommes et du domaine sur le plan tant national, sous-régional qu’ international que j’ accuse et, le moment n’ est plus loin où nous allons procéder à la publication de la liste des noms et des structures nationales et étrangères qui collaborent, moyennant l’ argent et d’ autres facilités, à la descente aux enfers de notre pays. Je pense que pour le moment, il faut intensifier le travail de conscientisation de la population congolaise sur les dangers et les enjeux des élections que pourtant elle souhaite qu’ elle soit réellement libres et transparentes. Il faut expliquer au Peuple congolais que tel que ces élections se préparent, elles ne seront jamais libres, justes et honnêtes et, par conséquent, elles ne traduiront jamais l’ expression de la majorité. Ce qui va se passer est simple : La commission électorale dite indépendante et dont les responsables sont déjà corrompus, va faire semblant de comptabiliser les suffrages exprimés, mais qui, en réalité, va annoncer des faux résultats. C’ est en connaissance des individus qui dirigent le Bureau de cette CEI que j’ accuse une fois de plus.
Enfin, la meilleure stratégie de surveillance ne peut que provenir des populations avisées et qui mettent elles-même leurs propres structures de surveillance, en amont et en aval, le processus électoral.

b) Est-ce que vous croyez au nouveau calendrier que vient de fixé la CEI pour le 30 juillet 2006 ?

P.N
: Je n’ y crois pas pour plusieurs raisons dont :
1°) Le 30 juillet 2006 est une date isolée qui indique l’ intention d’ organiser le premier scrutin de la série ; c’ est donc un calendrier partiel dont, pour les experts, on veut se servir pour dissimuler les difficultés réelles et l’ intention de biaiser le processus ;
2°) les objectifs assignés à la transition et qui sont des préalables à la réussite des élections, n’ ont pas été atteints ; ce qui remet en cause la légitimité politique de toute opération électorale qui sera organisée au-delà de la date du 30 juin 2006 ; le tollé des contestations que cela soulève , en est une illustration ;
3°) L’ absence d’ un fichier national des électeurs consolidé et débarrassé des doublons ainsi que les difficultés techniques de production des bulletins de vote d’ une multitude des candidats, sont là quelques dures réalités qui s’ érigent en obstacles au respect de la date du 30 juillet 2006 ; à moins que cette date ne soit fixée à dessein pour dédramatiser la date du 30 juin 2006 et précipiter, une fois de plus, la série des scrutins, comme lors des opérations préélectorales bâclées pour l’ enrôlement des électeurs (juin 2005) et le référendum ( décembre 2005).

5) Qu’ attendez-vous de la diaspora congolaise et quels conseils à donner à cette communauté ?

P.N
: Les congolais vivant à l’ étranger doivent s’ investir dans une mission de sauvetage de leur pays. Cette mission doit se faire en deux directions : Chaque congolais de la diaspora doit recourir à ses réseaux au pays pour conscientiser ses compatriotes restés au pays sur l’ enjeu réel de la transition et les dangers qui guettent les élections. Il doit également recourir à ses réseaux dans le pays hôte pour faire le même travail et dénoncer le rôle néfaste que jouent certains de leurs représentants au pays. Et pour réussir ce pari, il faut bien que les congolais mettent en place des structures d’ organisation de la diaspora comme celles que d’ autres peuples en difficultés comme les sud-africains, pour influer de façon permanente et positive sur le cours des événements politiques du Congo-Kinshasa.


Paul Nsapu,

Militant des Droits de l’ Homme,
Expert des questions électorales,
Co-animateur des réseaux congolais des Droits de l’ Homme.