Elections au Congo Kinshasa :

Pourquoi Devrions-nous Cesser de Compter sur l’Occident ?

Par Menda Kazayawoko

                                               Menda Kazayawoko mkazayawoko@charter.net 

photo_108

Il est révoltant de constater que le Congo se retrouve dans la même situation qu’il y a 45 ans sans un avancement réel dans ses institutions.  Rien d’étonnant pour ceux qui suivent l’évolution historique de nos relations avec les Européens et Américains.  Il y a maintenant quatre siècles que les Européens et Américains avaient déclaré la guerre sur le plan politique et socio-économique contre le peuple Africain, mais nous continuons à ignorer ou à faire semblant d’éviter cette guerre qui continue à contribuer à la misère du peuple noir et à réclamer la vie de milliers de nos enfants, sœurs et frères.  Nous nous sommes plutôt engagés à les aider à gagner cette guerre en complotant à l’extermination de notre peuple et à l’exploitation de nos ressources.  Nous massacrons notre population.  Nous abusons nos enfants.  Nous minimisons nos intellectuels qui peuvent nous aider à combattre effectivement cette guerre.  Nous ignorons nos militaires qui peuvent défendre notre souveraineté et protéger notre peuple.  Nous leur donnons accès libre et sans réserve à toutes nos institutions dont ils prennent le contrôle afin de coordonner leurs crimes contre notre peuple. Que ne font-ils pas pour arriver à leurs fins ?  Ils corrompent nos politiciens, fomentent les conflits politiques, nous traitent comme des cobayes humains dans leurs expérimentations pharmaceutiques, nous vendent des médicaments périmés, nous envoient des produits infectés ou leurs déchets industriels et nucléaires.  La liste est longue !  Leur attitude tyrannique dans l’exploitation de nos ressources humaines et matérielles ne contribuent qu’à leurs progrès politique, social et économique sans regard aux conséquences politiques, sociales et économiques que notre peuple est entrain de subir en ce moment.  Il n’est pas étonnant qu’ils continuent de se moquer de nous, de nous humilier, de nous qualifier d’idiots et d’imbéciles.  Nous continuons d’afficher le même comportement qui fut la cause de la misère que l’Afrique connaît aujourd’hui, l’esclavage.  La livraison de notre compatriote Thomas Lubanga à la Cour Pénale Internationale est regrettable et irresponsable.  Nous ne sommes pas en accord avec les crimes que certains parmi nous ont commis contre notre peuple, cependant c’est au peuple congolais de les traduire en justice dans notre sol. 

L’esclavage et la colonisation des noirs par les blancs , le lynchage des noirs aux Etats-Unis , l’apartheid en Afrique du Sud , l’emprisonnement de Marcus Garvey aux Etats-Unis , l’assassinat de Patrice Lumumba , l’assassinat de Malcolm X , l’assassinat de Martin Luther King Jr. , l’assassinat de Steve Bantu Biko , l’emprisonnement de Nelson Mandela , l’assassinat de Thomas Sankara , la condamnation d’Etienne Tshisekedi Wa Mulumba par l’occident, la ségrégation des noirs aux Etats-Unis , la répression et l’ intimidation des noirs américains par la police américaine , le traitement discriminatoire des noirs en Europe et Amérique , et l’expansion du SIDA en Afrique noire ainsi que dans la communauté noire américaine devraient soulever de sérieuses questions quant à la sincérité de nos relations avec les blancs et à l’humanité qu’ils ne cessent de professer il y a maintenant cinq siècles.

L’esclavage des noirs qui avait commencé au 14ième siècle et a duré plus de 400 ans a contribué à l’extermination de plus de 100 millions de noirs.  Dans les plantations américaines, les noirs étaient forcés à travailler jour et nuit sans paiement pour leur travail.  Ils étaient fouettés, pendus, abandonnés à leur faim, brûlés vif, castrés, mutilés, dépouillés de leur culture africaine et réduits au niveau des bêtes.  L’esclavage des noirs était abolit vers 1848 en Europe et 1865 aux Etats-Unis, soi-disant pour des raisons humanitaires.  Comment expliquons-nous trois décennies plus tard que ces mêmes pays d’Europe (Grande Bretagne, France, Portugal et Espagne) qui avaient abolit l’esclavage pour préserver l’humanité s’étaient engagés à la conférence de Berlin de 1884-1885 pour partager et coloniser l’Afrique ?  Il faut souligner qu’outre ces pays, trois autres pays Européens (Belgique, Allemagne et Italie) avaient participé à cette conférence.  Comme si tout cela ne suffisait pas, en République Démocratique du Congo, des milliers de Congolais étaient exterminés par le roi belge, Léopold II, dans sa conquête pour exploiter les ressources congolaises.

Il y a maintenant plus de deux décennies que le SIDA joue le rôle silencieux d’esclavagiste et de colonisateur.  L’Afrique est présentement la région la plus touchée par la pandémie du VIH /SIDA.  En 2003, selon l’ Organisation Mondiale de la Santé, le SIDA est actuellement la principale cause de mortalité en Afrique, avec près de 80% (plus de 2 millions) des 3 millions de personnes mortes de la maladie dans le monde et environ 60 to 70% des personnes infectées par le VIH vivent en Afrique.  Aux Etats-Unis, le SIDA touche principalement la communauté noire.  Les noirs américains ne représentent qu’environ 13% de la population des Etats-Unis mais environ 51% de nouveaux cas d’infection par VIH sont concentrés dans la communauté noire.  Il faut aussi se rappeler que dans les années 1930 aux Etats-Unis, le traitement a été refusé pendant 40 ans à 400 hommes noirs infectés par la syphilis, malgré la découverte dans les années 1940 de la pénicilline pour le traitement de cette maladie.  La plupart de ces hommes étaient morts de syphilis et des complications reliées à la maladie.  Certains avaient même contaminés leurs épouses.  Tokeba !  Ils sont prêts à tout pour maintenir leur civilisation, leur puissance mondiale et « their way of life ».

Où en sommes-nous avec les prescriptions politiques et économiques qu’ils ont préconisées pour l’Afrique au cours du dernier demi-siècle?  À date, aucune d’entre elles n’a produit des résultats encourageants.  En réalité, ces prescriptions ont eu des effets négatifs sur les politiques et économies africaines qui sont caractérisées par des conflits violents, l’absence de capacité de production, l’absence des ressources humaines compétentes, l’absence de la technologie, l’inflation et un fort niveau de chômage.

Nos relations avec les Européens et Américains n’ont jamais été bénéfiques pour le Congo, l’Afrique et le peuple noir.  Notre histoire depuis notre contact avec les Européens est caractérisée par la tuerie, la cruauté et l’exploitation politique et socio-économique.  Il n’est pas surprenant de voir tous ces conflits politiques dans la plupart de pays noirs et la pauvreté qui engouffre aujourd’hui les Congolais, Africains et le peuple noir en général.  Comme race, nous souffrons de l’injustice qui est pratiquée contre nous chaque jour de notre vie, politiquement et économiquement.  Notre race n’a pas d’autorité et de pouvoir sur le plan international.  Nous ne commandons pas le respect et l’honneur.  Beaucoup d’entre nous ont accepté la situation actuelle parce que nous pensons que notre race n’est pas capable d’accomplir des projets d’envergure.  Nous avons démontré cette attitude en laissant aux Européens et Américains à prendre part aux décisions directives de nos institutions, médiatiser les conflits qu’ils ont fomentés et financer un processus si important comme les élections.  Notre disposition à dépendre aveuglement des Européens et Américains est notre honte et déshonneur.  Nous avons contribué à l’horreur que les Congolais, Africains et le peuple noir connaissent aujourd’hui.  C’est regrettable que ce soit les plus éduqués de nos frères et sœurs qui mettent le future de notre peuple en jeu et qui se laissent corrompre pour des considérations égoïstes.  Cette attitude d’esclavage a même servi aux Européens et Américains pour nous juger et nous dépouiller de toute autorité et respect sur le plan international.  Nous devons avoir confiance en nous, malgré notre situation actuelle.  Les noirs étaient les premiers à développer une civilisation connue par l’être humain.  La civilisation Egyptienne qui était créé et développée par les noirs a eu une influence profonde sur la civilisation Grecque, Romaine et occidentale.  Les Grecs voyageaient en Égypte pour étudier l’astronomie, la religion, la loi, la mathématique, la science médicale, l’art et l’ingénierie sous la direction et l’autorité des noirs.  Nous avons en nous la capacité de reconquérir notre honneur, autorité et respect en faisant confiance en nous, en travaillant ensemble dans un Etat de droit démocratique, et en nous donnant l’opportunité de commettre des erreurs dans le processus de développer notre société.

Allons nous continuer à suivre les mêmes prescriptions au dépend de notre peuple qui continue de porter le poids de notre ignorance ?  C’est la question à laquelle chacun de nous doit répondre.  Le plutôt serait le mieux, parce qu’il n’y a plus assez de temps avant que nos économies deviennent déformées de manière permanente et probablement assez endommagées pour une reconstruction significative dans le futur. Nous devons comprendre qu’il n’est pas de l’intérêt de l’Europe ou de l’Amérique de développer l’Afrique.  Leur exploitation sanguinaire de notre peuple ne leur permettrait jamais de concevoir une telle éventualité.  Les Européens ont toujours découragé l’évolution technologique en Afrique et bloqué l’Afrique à avoir accès à la technologie.  Ce n’est que d’une façon limitée qu’ils ont introduit quelques aspects de leur technologie en Afrique pour la simple raison d’exploiter l’Afrique d’une façon efficiente, mais la tendance générale a été de sous-développer l’Afrique.   Pourquoi la technologie européenne n’a pas fait son chemin en Afrique pendant ces cinq siècles de contact entre les deux continents ?  C’est dommage que nous continuons à utiliser le même langage (investissements étrangers, FMI, Banque Mondiale, aide humanitaire et économique, notre intérêt commun, commission pour l’Afrique, nous travaillons avec la communauté internationale pour développer l’Afrique, partenariat entre l’Afrique et le monde) pour redresser nos politiques et économies avant même de monter des stratégies pour déployer et sensibiliser notre peuple à son propre développement.  Nous pouvons faire beaucoup de choses, aussi longtemps que nous ne dépendrions plus aveuglement de l’Europe et de l’Amérique, nous ne cherchions plus à imiter aveuglement l’Europe et l’Amérique et nous ne serions pas obsédés par le désir de rattraper l’Europe et l’Amérique.  Une personne avertit en vaut deux !