05 avril 2007
Paradoxe : on tue à gauche et on négocie à droite
On savait que la situation à Kinshasa se corsait depuis l’ultimatum lancé par le chef d’Etat major, le général Kisempia contre la garde rapprochée de l’ex vice-président Jean-Pierre Bemba. Le déploiement de troupes de Fardc aux alentours de résidence de ce dernier présageait un coup de force visant à en finir avec la garde de Bemba jugée dissidente.
Craignant que le déclenchement d’un coup de force militaire puisse avoir de graves répercussions sur le processus de démocratisation encore très fragile, les partenaires extérieurs de la RDC ont convié les autorités congolaises à privilégier la voie de la négociation dans la résolution de ce conflit. Mais c’était sans compter avec un régime déterminé à tout régler par l’usage des armes : les adeptes de Bundu dia Kongo en ont fait le frais ; Bemba a été contraint à se réfugier dans l’Ambassade de l’Afrique du Sud laissant ses protégés en débandade.
Ce mode opératoire très guerrier est-il l’œuvre personnelle de Joseph Kabila, ex-militaire dont le seul langage compréhensible est celui des armes ? Aurait-il agi sous l’instigation d’une main étrangère puissante ou de ces affairistes occidentaux, pour lesquels Bemba ayant accompli la mission qui lui a été assignée, qu’il était temps de s’en débarrasser, peu importe la manière, et place aux affaires juteuses avec le régime Kabila domptable à merci ? Ou encore ce plan macabre serait-il d’inspiration occidentale ? Toutes ces hypothèses sont probables. Toujours est-il que si le régime de Kabila pense en avoir fini avec Bemba, il aura à faire à l’opposition « zéro faute » aux mains propres non entachées de sang, laquelle a souscrit pour une longue lutte jusqu’à l’éclosion en RDC d’une démocratie digne de ce nom. Joseph Kabila ne doit pas se faire d’illusions Bemba est en vie et pourra toujours surgir…l’avenir nous le dira.
Ce qui me paraît paradoxale, c’est de constater que le chef d’Etat congolais et ses acolytes se lancent dans la voie de la négociation, prêts à faire de concession quand il s’agit de l’occupation du territoire de Kahemba, par l’armée angolaise.
Quel paradoxe, quand dans les premières heures de cette occupation, un ministre de l’intérieur de surcroît ministre d’Etat, déclare officiellement, que les villages sous- occupations appartiennent à l’Angola ?
Quel paradoxe, quand le chef de l’Etat congolais recourt à l’armée angolaise pour déloger la garde de Bemba et tuer dans la foulée des civils innocents ? Kabila n’entretiendrait-il pas des accords secrets avec le chef d’Etat Angolais ? Et qu’en vertu de ces accords, il fermerait les yeux sur le sort de nombreux villageois délogés par l’armée angolaise. Rien n’est impossible…
Quel paradoxe quand on sait que, le général Laurent Nkunda sous le coup d’un mandat d’arrêt international lancé depuis 2004 pour des exactions et tueries de populations de l’Est du pays , est libre de tout mouvement ? Et que le gouvernement négocie en douce avec lui afin d’obtenir sa réintégration au sein de Fardc ainsi que le brassage de ses troupes. Et pourtant Joseph kabila dispose de moyens de l’arrêter, de le mettre hors d’état de nuire. De sources proches de la radio Okapi, on a révélé que ce général mutin a été présent, en qualité d’invité d’honneur, dans la tribune érigée à l’occasion du brassage de ses troupes, il y a quelques jours.
Quel paradoxe, quand Marie-thérèse Nlandu et le pasteur Kutino croupissent en prison, et que Laurent Nkunda circule en toute impunité ?
Quel paradoxe quand on sait que depuis des années, le gouvernement congolais a souscrit à la stratégie de la négociation pour ramener la paix à l’Est du pays truffé des rebelles Hutu rwandais et bien d’autres milices qui violent, inoculent le virus du sida sans état d’âme et tuent, de surcroît ?
A l’heure où la reconstruction du pays préoccupe les congolais et les partenaires extérieurs, la consolidation de la paix ainsi que la réconciliation nationale doivent être les leitmotivs privilégiés dans l’agir de gouvernants. Dans ce cas, la négociation devra prévaloir sur le coup de force militaire. Mais avec la stratégie bicéphale consistant à entretenir le paradoxe en tuant à gauche et négociant à droite, il est évident que la réconciliation, la consolidation de la paix en pâtiront. Conséquence la perpétuation de l’insécurité, l’insécurisation des investisseurs et donc méfiance, la gestation d’un nouveau régime dictatorial du style " MPR : Parti-Etat ", l’envie morbide de rester longtemps au pouvoir " J’y suis, j’y reste ", l’anéantissement de l’opposition, le développement d’un caste de nouveaux riches au détriment du progrès social en faveur de la majorité de classes sociale au bas de l’échelle.
Le peuple congolais dit non, à ce paradoxe et réitère sa détermination à se battre jusqu’à la consécration d’une démocratie du progrès socio-économique et du respect des vies humaines. Tous les gouvernements du monde réellement imprégnés de valeurs démocratiques doivent prendre leur distance vis-à-vis de ce PPRD Parti-Etat.
Blaise B.MANTOTO
