Notre hypothèse : l’origine de la misère (crise ?) anthropologique congolaise étant transnationale et ayant plusieurs faces, sa conjuration devrait être transnationale et (complexe ?) multifacétale.

Qu’est-ce que la diaspora congolaise a fait dans un passé très récent? Que fait-elle ? Que pourra-t-elle faire ? La question de la mission de la diaspora peut être abordée sous plusieurs angles : politique, juridique, économique, militaire et social. Sous ces différents aspects, le passé de la diaspora peut être approché. L’histoire immédiate de notre pays évoque l’implication de la diaspora dans la guerre dite « de libération » en 1997. Cette guerre qui a finalement dévoilé sa véritable face de guerre d’agression a conduit la diaspora congolaise à s’engager dans une aventure belliqueuse dont elle ne semblait pas maîtriser les tenants et les aboutissants. Les quelques opportunistes qui, en son sein, ont pu avoir accès à la gestion de la chose publique sous Laurent-Désiré Kabila ont brillé par leur amateurisme. « Le soldat du peuple » avait fini par les disqualifier en disant qu’ils étaient « un conglomérat d’aventuriers » n’ayant rien de consistant à apporter à la lutte pour l’émancipation de nos populations. En dehors de ce « conglomérat d’aventuriers », le Congo (RD) compte parmi ses filles et fils de la diaspora des indifférents. Ayant réussi à changer de nationalité ou étant sur la voie d’acquérir une autre nationalité, ces filles et fils ne s’intéressent pas outre-mesure au devenir collectif de leur pays. Fatigués par les histoires des guerres interminables qui sévissent dans cette partie de l’Afrique centrale, ils conseillent ceci : « Eloko wana, toteka yango, tokabola mbongo. » (Cette histoire-là, vendons-là et partageons-nous le prix de revient.)   Dans cette dernière catégorie se rencontrent « les marchands de la terre congolaises ». Ils vont à la rencontre des étrangers pour leur demander de soutenir leur accès aux hautes fonctions de l’Etat chez nous pour faciliter ce marché.

En marge de ces filles et fils perdus, nous avons tous ces compatriotes qui, à la fin (ou au cours de chaque mois) soutiennent, à différents niveaux, les membres de familles restés au pays : deuil, école, université, santé, transport en commun, etc. sont les domaines où ces compatriotes interviennent régulièrement.

D’autres compatriotes encore, membres de la société civile ou des partis politiques essaient, tant soit peu, de se réorganiser pour la refondation d’un autre Congo.

Quelques remarques. Si nous mettons entre parenthèse « les aventuriers et les indifférents », nous pouvons soutenir que plusieurs compatriotes de la diaspora contribuent économiquement et politiquement à l’avènement d’un autre Congo. Il serait même établi que l’aide économique des Congolais(es) de la diaspora dépasse de loin les sommes que l’Occident accorde à notre pays comme aide au développement.

Mais comment se fait-il que malgré cette aide, notre pays n’arrive pas à rompre le cycle infernal de la misère de nos populations ?  Comment cette aide est-elle accordée ? A quoi sert-elle ? Les Congolais(es) de l’extérieur qui aident ne sont pas aux affaires. Cette aide n’est pas, à 70%, investie dans des entreprises de production. Elle est dépensée pour la nourriture, la boisson, les médicaments, les mariages, etc., les salaires au pays n’étant pas régulièrement versé et le chômage touchant plus 90% de la population. Elle est, prioritairement, une aide à la consommation. Souvent, elle est transférée par les banques étrangères et dispensée individuellement.

De tout ce qui précède, il appert qu’il y a des défis à relever : fédérer les forces congolaises de la diaspora qui croient dans le changement et les inciter à travailler en synergie entre elles et  avec celles restées au pays ; créer (de l’argent) une ou des banques congolaises de la diaspora et entreprendre des investissements collectifs dans les secteurs productifs au pays ; entretenir des médias alternatifs, etc. Des  tâches qui incombent aux ascètes du provisoire Congolais (un leadership collectif) et à leurs alliés, eu égard au caractère transnational de la misère anthropologique congolaise. Il y a, à ce point nommé, un travail de discernement à  abattre en permanence pour identifier, avec les alliés transnationaux, les Acteurs majeurs agissant dans l’ombre et les Acteurs apparents qui sont continuellement sur le devant de la scène. (Lire J.-P. BADIDIKE, Guerre et droits de l’homme en République Démocratique du Congo. Regard du Groupe Justice et Libération, Paris, L’Harmattan, 2009, B. TUNGA DIA LUTETE, La crise des grands Lacs. Analyse et pistes de règlement, Paris, L’Harmattan, 2010)

Forte de son expérience dans les pays étrangers (et surtout Occidentaux et Latino-américains), la diaspora congolaise devrait s’inspirer de  l’expérience des autres. Les prêtres et les chrétiens Congolais auraient beaucoup à apprendre de la théologie de la libération et de la contribution des communautés ecclésiales vivantes à la promotion de la dignité humaine (en Amérique Latine par exemple). Des communautés ecclésiales vivantes bien structurées et bien organisées constitueraient un fer de lance dans la lutte contre l’usage instrumental de la religion contre les faibles (facilement assimilés aux sorciers) et pour le développement humain intégral.(Lire C.BOFF et J. PIXLEY, Les pauvres : choix prioritaire, Paris, Cerf, 1990) L’organisation des forces capitalistes donne, elle aussi, à penser. Comment font-elles ?

La semaine dernière, un article publié sur le site de Michel Collon  et intitulé Bidelberg de tous les pays, unissez-vous notait que le monde est dirigé par 200 sociétés et géré par des réseaux très bien organisé des gens qui se connaissent et se rencontrent. Quel est leur objectif ? «  Propager le « libre marché » et contrer toute opposition par des moyens légaux ou tordus. » De quand date leur première rencontre et qui sont-ils ?  L’auteur de cet article, recourant aux sources dignes de foi indique que  « (…) les hommes les plus puissants du monde se sont rencontrés pour la première fois » à Oosterbeek, aux Pays-Bas [il y a plus de cinquante ans], « ont débattu de l’avenir du monde », et ont décidé de se rencontrer chaque année en secret. Ils se sont appelés eux-mêmes le Groupe Bilderberg, dont les membres représentent le gratin des élites du pouvoir mondial, venues généralement d’Amérique, du Canada et de l’Europe occidentale. Ils portent des noms familiers comme David Rockefeller, Henry Kissinger, Bill Clinton, Gordon Brown, Angela Merkel, Alan Greenspan, Ben Bernanke, Larry Summers, Tim Geithner, Lloyd Blankfein, George Soros, Donald Rumsfeld, Rupert Murdoch, d’autres chefs d’État, des sénateurs influents, des membres du Congrès et des parlementaires, des huiles du Pentagone et de l’Otan, des membres des monarchies européennes, des gens des médias triés sur le volet et d’autres personnes, invitées – comme si de rien n’était, par de simples notes, comme Barack Obama et ses collaborateurs les plus importants. »

Que font-ils pour que le monde et ses dirigeants politiques leur soient soumis ?

L’auteur répond : « Les liens de famille, d’éducation et d’affaires – avec l’État en tant que « médiateur » – ont créé ce qui est devenu aujourd’hui un réseau international mettant en rapport les classes dirigeantes des États capitalistes les plus puissants. Voilà pourquoi ils ont un Groupe Bilderberg, c’est l’endroit où les magnats des affaires, la classe politique, les médias sélectionnés et les universitaires peuvent se rencontrer et formuler les stratégies et les tactiques nécessaires dans un monde où les communications, aujourd’hui, se font pour ainsi dire de façon instantanée. »  Et l’auteur conclut son article en posant cette question : « Qui a besoin des « Illuminati », quand nous avons tout ce déploiement ligué contre nous ? »

La magie de l’organisation transnationale est plus efficace que celles des sciences occultes. D’ailleurs ces dernières y recourent. La nôtre devrait inclure la montée de la résistance africaine et mondiale aux « nouveaux maîtres du monde ». (Lire J. ZIGLER, Les nouveaux maître du monde et ceux qui leur résistent, Paris, Fayard, 2002) Mais quand nos partis politiques sont alimentaires et ne représentent que les membres de nos familles biologiques et quelques clients mangeurs, quand nos organisations de la société civile, infiltrées par les ONG servantes du capitalisme sauvage, ne sont que des caisses à fabriquer du pognon de la mendicité, quand les querelles inutiles sur la dernière marque des 4X4 commandés par  les mipao au pays remplacent les débats fédérateurs des énergies positives indispensables à la refondation du pays, nous croyons rapidement en l’efficacité des sciences occultes. Il me semble qu’il y a, à ce point nommé, une question d’honnêteté  et de sérieux à l’endroit de nous-mêmes. Nous nous mentons à nous-mêmes régulièrement. Comment voulons-nous qu’un pays où tout le monde veut être  préso de quelque chose aille de l’avant ?

Nos critiques du capitalisme sauvage ne devraient pas nous dispenser d’apprendre des méthodes et des moyens auxquels il recourt afin qu’il règne en nous et sur nous ad vitam aeternam.

La culture de l’interdisciplinarité et/ou de la multidisciplinarité (transfrontalière) devrait, chez nous, mener une lutte acharnée contre la culture de la paresse intellectuelle. Il y a ici comme un appel à l’hybridité, au métissage des intelligences.

Faire face à notre misère anthropologique nous exigera, entre autres, que son côté juridique soit approfondi. Il  devient de plus en plus clair, en côtoyant Florence Hartmann, Carla Del Ponte, Delphine Abadie et le CADTM, que la guerre d’agression à laquelle notre pays résiste jusqu’à ce jour fait partie des « guerres secrètes de la politique et de la justice internationales ». Elle est (et sera) longue et périlleuse.  Mais un sursaut d’orgueil des résistants Congolais, Africains et autres transnationaux peut faire que les choses aillent vite. Même si, généralement, tout grand changement est moléculaire et exige que les luttants soient armés de courage, de patience et de persévérance et d’esprit de sacrifice. Et qu’ils doivent, constamment, dans un esprit de renoncement, de mort à soi, apprendre à passer le relais.

J.P MBELU