Congo : la méthode Reynders
 
Par Marie-France Cros (LLB, 04/03/2015)
 
On a souvent plus d’impact en discutant en tête-à-tête avec des responsables qu’en menant des campagnes dans les pays en question”, a doctement affirmé le ministre belge des Affaires étrangères, Didier Reynders, lundi à Genève, en marge du Conseil des Droits de l’homme de l’ONU.
 
Une déclaration qui avait des allures de leçon de diplomatie à l’égard de son jeune collègue de la Coopération, Alexander De Croo, épinglé par le gouvernement congolais et par le socialiste belge Jean-Pascal Labille, la semaine dernière, pour avoir évoqué publiquement à Kinshasa “arrestations, justice arbitraire, interruption de l’Internet mobile et du trafic SMS” pratiqués par le régime Kabila – sans même parler des 36 ou 42 morts provoqués par la répression de manifestations anti-Kabila en janvier.
 
Didier Reynders n’ayant donné pour tout exemple à l’appui de son propos genevois que la récente abolition de la peine de mort à… Fidji – où “l’impact” des “tête-à-tête” du ministre belge doit tout de même être limité –, on s’interroge sur les succès remportés par sa diplomatie feutrée envers Kinshasa.
 
Il avait commencé par un éclat, en assurant publiquement – et erronément – que la fraude électorale massive de 2011 n’avait “pas changé l’ordre d’arrivée” à la présidentielle qui avait permis à Joseph Kabila de rester au pouvoir. En attendait-il un merci ou s’est-il mordu les doigts ?
 
Depuis lors, en tout cas, M. Reynders ne fait plus de vagues. Et quels sont les résultats de ses “tête-à-tête” avec les autorités congolaises ?
 
Une ouverture politique ? Jamais il n’y a eu autant d’arrestations et procès d’hommes politiques d’opposition. Un élargissement de la base populaire du pouvoir ? Elle est toujours plus étroite. Une amélioration du niveau de vie des Congolais ? Malgré une croissance économique soutenue (9 % en 2014), le taux de pauvreté reste à 70 % et l’on craint des pillages.
 
Moins de modestie, M. Reynders, dévoilez-nous donc les succès de votre méthode !
 
(extrait de La Libre Belgique, 04/03/2015)
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Dieudonné Wamu Oyatambwe