Vers un dialogue sans cohésion nationale

Le camp présidentiel a trouvé un accord de principe avec l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) d’Etienne Tshisekedi wa Mulumba quant à la tenue du dialogue politique. Seulement, ceci n’a pas changé d’avis les autres acteurs de l’opposition qui ne voient plus d’opportunité d’un dialogue à une année de la fin du deuxième et dernier quinquennat de l’actuel président de la République. Dans le lot, le MLC de Jean-Pierre Bemba, l’UNC de Vital Kamerhe, le MPCR de Jean-Claude Vuemba, ainsi que d’autres formations de l’opposition.

En effet, des informations recoupées font écho même d’un retour probable à Kinshasa du sphinx de Limete en séjour médical depuis une année en Belgique pour participer à ces pourparlers. Disons-le toute suite. Un mariage Kabila-Tshisekedi ne vaut pas une cohésion nationale. De même, dans le contexte actuel, le dialogue n’est pas le remède le plus efficace aux maux qui rongent la République démocratique du Congo. La volonté politique de la classe dirigeante suffirait à décanter pas mal de Situations.

Il en résulte que du dialogue qui découlerait de deux camps, bien sûr, en présence des quelques acteurs de l’opposition et de la Société civile, n’accouchera pas non plus de la concorde nationale tant recherchée.

La cohésion nationale est la résultante d’une longue construction. Elle ne se décrète pas. Elle se bâtit, sur le temps, sur des bases saines et assainies. C’est un compromis représentatif de toutes les forces vives de la nation. La crise de confiance actuelle entre les acteurs politiques découle principalement des élections chaotiques de 2011. L’Eglise catholique, du moins le cardinal Laurent Monsengwo a bien résumé les choses en déclarant que les résultats des élections de 2011 n’étaient pas « conformes à la vérité ni à la justice ».

Et cette question n’a jamais été débattue sérieusement par les forces en présence de l’époque pour tirer toutes les conséquences qui s’imposent avant l’organisation d’autres élections. Le risque est que les mêmes causes produisent les mêmes résultats.

Alors que les deux années qui ont suivi les élections de 2011 ont consisté à dénoncer les tricheries de ces scrutins, les trois restantes sont en train de captiver l’attention de toute l’opinion nationale sur le probable tripatouillage de prochains scrutins, à défaut d’un glissement au-delà du 20 décembre 2016. C’est à croire que les Congolais passent tout l’e temps à s’égueuler sur des tricheries des élections passées et celles à venir.

Le dialogue réclamé, sans succès, par l’opposition pour des élections bâclées de 2011 n’a jamais eu lieu. Celui d’aujourd’hui, selon le discours officiel, entend dégager un compromis sur le recadrage du calendrier électoral de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), l’enrôlement des mineurs, le financement du processus et la sécurisation du processus.

A part le compromis sur le chronogramme de la CENI du 12 février 2015, tous les autres obstacles relèvent de la compétence, stricto sensu, des institutions de la République. Ne pas les solutionner vaut la défaillance des institutions face à leur mission régalienne et surtout cautionnent l’hypothèse d’une stratégie de la Majorité présidentielle (MP) à brouiller le processus afin de parvenir au glissement. Gouverner c’est prévoir. Ce n’est pas à la veille des élections que le gouvernement peut prétexter l’absence de financement des opérations de la CENI.

Après le report des élections des gouverneurs dans les 21 nouvelles provinces, probablement la CENI va renvoyer aussi les élections provinciales couplées aux urbaines, municipales et locales prévues le 25 octobre prochain.

Certes, la majorité présidentielle va tenir le dialogue avec quelques acteurs de l’opposition et de la Société civile qui ont accepté d’y participer mais de là ne sortira probablement pas la cohésion nationale. Celle-ci est importante pour un processus électoral apaisé.

A en croire les affirmations des cadres de la MP qui, sur les chaines proches du gouvernement, notamment à la Radio et télévision nationale, ne cessent de préparer le lit à un glissement voire à un troisième mandat de l’actuel locataire du Palais de la nation.

Ce qui est énergiquement contesté par les « anti-glissement », puisque la tendance est de toucher au pacte républicain qu’est la Constitution du 18 février 2016, avec tout le risque d’implosion du pays que cela peut produire.

Désormais, tout indique que ce dialogue se fera sans un large consensus ni cohésion nationale.

LE POTENTIEL