Le facilitateur de l'Union Africaine pour le dialogue politique en République Démocratique du Congo, Edem Kodjo lors d’une conférence de presse à Kinshasa, le 11/04/2016. Radio Okapi/Ph. John Bompengo

Nommé en avril dernier facilitateur du dialogue en RDC, l’ancien Premier ministre togolais Edem Kodjo reconnaît faire face à « quelques difficultés à surmonter ». Alors qu’il l’avait annoncé lors de sa première conférence de presse, le comité préparatoire n’est toujours pas mis en place.

« Nous attendons toujours qu’on nous saisisse des propositions concrètes pour que nous puissions mettre sur pied le comité préparatoire tel qu’il a été prévu au départ. De toute façon, nous gardons l’espoir qu’une formule sera trouvée. Il n’est pas exclu que l’on fasse préparer ce dialogue par une sorte de groupe de travail », explique le Togolais qui a accordé à Radio Okapi un entretien exclusif.

Pouvez-vous nous faire un bilan de vos consultations auprès de la classe politique et de la société civile ?

Les consultations ont été fort nombreuses comme vous vous en doutez. Nous avons couvert tout l’espace politique congolais. Nous avons rencontré des hommes politiques. Nous avons rencontré la société civile. Nous sommes en train d’avancer peut-être un peu doucement. Je voudrais saisir cette occasion pour dire qu’il n’y a pas de découragement à avoir. A ce stade, nous avons quelques difficultés à surmonter. Mais nous sommes en train de les surmonter. Bientôt, nous allons pouvoir enclencher tout le processus. Ce n’est pas facile. Ce n’est pas quelque chose qui va arriver comme ça. Etant donné les positions très affrontées que nous avions connues dès le départ. Vous savez tous qu’une fraction de l’opposition était totalement réfractaire à ce dialogue. Une autre partie importante de l’opposition a eu avec nous des discussions approfondies. Mais nous attendons toujours qu’on nous saisisse des propositions concrètes pour que nous puissions mettre sur pied le comité préparatoire tel qu’il a été prévu au départ. De toute façon, nous gardons l’espoir qu’une formule sera trouvée. Il n’est pas exclu que l’on fasse préparer ce dialogue par une sorte de groupe de travail qui prenne sur lui de définir les points importants qui doivent rentrer dans l’ordre du jour du dialogue. Le vrai dialogue suivra lorsque le travail du comité préparatoire aura été fait.

Quand sera mis en place ce comité préparatoire qui a été annoncé depuis longtemps ?     

Je crois que j’ai péché par excès d’optimisme quand je disais à la première conférence de presse que le comité préparatoire va se réunir la semaine prochaine. C’est une semaine prochaine qui est bien longue à s’achever. Je crois que nous allons sauter ce dernier obstacle très bientôt et que nous serons en mesure de faire bouger les choses.

Quelle sont les grandes difficultés que vous rencontrez depuis que vous êtes là ?

Les difficultés viennent de ce que les partis politiques notamment ceux de l’opposition n’arrivent pas à nous donner leurs représentants pour aller à ce dialogue. Sinon, je puis vous assurer que depuis longtemps, la société civile a pu fournir des indications qui nous ont permis de composer la liste de la société civile. La majorité présidentielle a envoyé sa liste. Il ne manque guère que la liste des partis de l’opposition que le parti UDPS doit fournir compte tenu des discussions que nous avons eues avec ce parti et des accords qui ont été conclus avec ce parti. Alors, nous attendons.

L’UDPS réclamait la paternité de la gestion du quota des 12 délégués de l’opposition au comité préparatoire. Vous êtes-vous mis d’accord sur cette revendication ?

Il faut bien comprendre pourquoi cette revendication n’est pas une mauvaise chose en soi. J’entends dire : ‘’L’UDPS veut gérer les affaires toute seule’’. Non. Il faut dire les choses telles qu’elles sont. L’UDPS n’a pas tort de vouloir faire ça parce qu’elle craignait qu’on allait se retrouver à la table de discussions avec une sensibilité présidentielle au complet, une société civile au complet et l’opposition avec des vides dans ses rangs. Pour éviter cette situation qui aurait mis en péril l’équilibre du dialogue, l’UDPS s’est dite nous allons entrer en contact avec les autres partis qui sont aujourd’hui réfractaires et qui ne veulent venir s’asseoir au dialogue et nous allons obtenir de ces partis des noms pour étoffer nos propres listes de façon que toute l’opposition puisse être représentée au dialogue. Au départ, c’était une idée plutôt noble. Mais j’attends que cette idée noble se concrétise et je suis un peu surpris que jusqu’à présent on ne soit pas arrivé à cette concrétisation.

Qu’en est-il de l’idée du panel composé des envoyés spéciaux pour vous épauler dans ce que vous faites. Est-ce que vous avez besoin des gens pour vous aider ?       

Quand on est modeste, on doit toujours parler modestement et considérer qu’on a toujours besoin d’aide. Il faut être objectif. Le Congo est un immense pays avec d’immenses potentialités et d’immenses richesses. Ce n’est pas un petit bagage qu’on m’a mis sur le dos. C’est une lourde charge. Donc, il faut commencer par reconnaître qu’on peut toujours avoir besoin d’aide. Mais toute cette demande doit être faite avec lucidité. Cela nécessite un accord avec toutes les parties. On ne peut pas se lever seul et dire moi je veux un panel. Il faut savoir si l’autre en face veut également du panel. Et puis, il y a plusieurs formules de panel. On peut trouver un panel qui vient encadrer, comme disent certains, le facilitateur. On peut imaginer des panels qui viennent soutenir l’action du facilitateur. On peut trouver un panel qui soit une espèce de comité de soutien qui se réunit de temps en temps avec le facilitateur, pose des questions, le facilitateur répond et puis on essaie de trouver les voies les meilleures pour mener le dialogue à la fin.

Est-ce qu’il y a un certain nombre de termes de références de ce dialogue sur lesquels vous vous êtes mis d’accord avec ses partisans ?   

Les termes de références du dialogue, c’est à déterminer. On sait pourquoi le dialogue a été convoqué sur le thème essentiel du processus électoral. Et ce thème comprend plusieurs chapitres que l’on peut imaginer et que l’on peut faire compléter en discutant avec les autorités de la Ceni. Le comité préparatoire a pour seule fonction de définir plus précisément encore ce contenu qui sera l’ordre du jour du dialogue.

De qui sera composé le comité préparatoire ?

Le comité préparatoire devrait être une émanation de la classe politique et de la société civile congolaise.

Entretien réalisé par Jeef Ngoy.